Le yoga pour indiens n’est qu’une discipline qui a pour objectif la délivrance de la condition humaine qui est estimé comme non satisfaisante. Notre misère fondamentale et l’angoisse qui en résulte proviennent de ce que nous sommes aveuglés par la convoitise. De ce fait, nous tenons pour véritable ce qui n’est qu’illusion (mâya), et nous ne pouvons commencer à réagir qu’après nous être rendus compte de notre erreur. Le désir de libération naît de la désaffection progressive que l’on éprouve à l’égard des biens de ce monde.
la délivrance de la condition humaine
Quand on considère les fatigues qu’il faut endurer pour les acquérir, l’inquiétude pour les conserver, la souffrance de les perdre, les dangers qu’ils recèlent en eux-mêmes, le fait qu’en les possédant on en prive autrui, ou mieux encore, la résolution de se délivrer procède d’un détachement soudain et global, né du sentiment de l’impermanence de toutes choses et d’une soif ardente pour un état autre qui apparait alors comme la seule réalité désirable.
Car, pour la philosophie indienne, non seulement nous sommes les victimes de la mâya, par notre propre faute, mais nous sommes soumis à un cycle interminable de naissances et de morts, du fait de la persistance de ce désir perpétuellement insatisfait, par-delà la vie, du fait aussi qu’il s’accompagne du Karma, c’est à dire des conséquences de nos actes, car nous récoltons toujours tout ce que nous avons semé, que ce soit dans la vie présente ou dans une autre.
Notons bien qu’ici n’intervient nullement une puissance extérieure qui juge, condamne ou récompense, comme dans le christianisme : c’est nous-même, et nous seuls, qui nous punissons, qui nous emprisonnons.
Pour l’hindouisme, comme d’ailleurs le bouddhiste, ce n’est donc pas la continuation de la vie, la survie, la renaissance qui sont désirables, mais, bien au contraire, sa cessation. Contrairement aux interprétations qui furent longtemps admises en occident, le nirvâna est seulement l’extinction de ce désir fou qui pousse l’homme à transmigrer indéfiniment d’existence douloureuse en existence douloureuse, c’est la fin de la grande illusion, le déchirement du voile de la mâya, tendu entre l’homme et la réalité. Par delà ne règne pas la nuit obscure du tombeau, mais bien la pleine clarté, la lumière absolue dont, en ce monde, nous ne pouvons percevoir que de vagues reflets, déformés et affaiblis. De telle sorte que le nirvâna n’est autre que le retour au bercail de l’enfant prodigue, et se rapproche singulièrement de la fusion de l’ âme de Dieu, le point le plus élevé atteint par les mystiques occidentales.
Cette délivrance suprême ne peut s’acquérir que si l’on redresse et rectifie ce qui a été déformé au cours de l’interminable périple des existences successives. Les hautes envolées mystiques ne suffisent pas, car elles retombent d’elles-mêmes, et c’est plus prosaïquement sur le complexe organisme-psychisme qu’il faut agir. Le corps est par lui même calme et silence. Ce qui l’agite, c’est le mental sans cesse en mouvement.
Avant toute autre chose, il est nécessaire d’interrompre son futile et obsédant bavardage. Il faut l’arrêter, l’immobiliser, ce qui signifie qu’il faut rendre la priorité au corps, à son sage fonctionnement. Tel est le propos des disciplines physiques du yoga. Elles sont donc adaptables aux besoins des occidentaux et, en fait, c’est sous cette forme que le yoga a pénétré chez nous.
Toutefois, isolée, cette partie principale physiologique du yoga perd beaucoup de son sens. Dans son pays d’origine, le yoga est une discipline complète à laquelle on se consacre entièrement et qui accompagne toute une vie. De plus le yoga, tel qu’il est connu en Europe, s’inspire du seul hatha-yoga, qui est seulement l’une des branches de tout un système. Tout en se limitant aux principales, il faut ici mentionner :
Les différents formes de yogas
Le yoga de l’action (karma yoga), illustré en particulier par le célèbre » chant du bienheureux » (Bhagavad-Gîtâ). Grâce à ce yoga, on parvient à l’action juste et désintéressée qui, parfaitement pure, n’engendre plus les séquelles formant le karma dans les autres cas.
Le yoga de la connaissance (jnâna-yoga) fait parvenir celui qui médite et réfléchit avec assiduité à la révélation de sa véritable identité, car, cessant désormais de se confondre avec son moi transitoire, il se reconnaît comme lui-même le brahman, c’est à dire l’éternel principe suprême dont son actuelle personnalité n’est qu’une manifestation provisoire.
Le bhakti-yoga est le yoga de l’amour divin, auquel le dévot s’abandonne en un acte d’adoration et d’union. Il est donc assez proche de la mystique chrétienne, mais sous la réserve importante qu’ici le fidèle choisit la divinité à laquelle il se vouera, parmi celles, nombreuses, du panthéon hindou.
Si ces formes de yogas sont mal connues en Occident, où elles sont peu praticables, il importe de savoir qu’elles existent, car ces différents « membres » se complétant les uns les autres, si on les ignore, on ne peut avoir qu’une vue tronquée et inexacte du yoga lui-même.
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- quel discipline se rapproche le plus du yoga
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