Le tantrisme c’est QUOI ?

En fait, le hatha-yoga, plus récent que le râja-yoga, se rattache au tantrisme, dont la signification, presque toujours mal comprise, en occident, donne lieu à des interprétations tout à fait caricaturales. Le tantrisme part de la constatation que, dans l’époque de décadence et de matérialisme où nous vivons (le kali-yuga de la tradition indienne), l’esprit humain, submergé par la matière s’est considérablement affaibli. En conséquence, il est devenu presque impossible d’atteindre le divin par une voie exclusivement spirituelle.

Le tantrisme

Réaliste, le tantrisme en conclut qu’il faut utiliser les forces existantes telles quelles, c’est à dire le désir lui même et pas les passions qui en naissent.

Cette force essentielle que le tantrisme et, avec lui, les yogas qui en dérivent (hatha-yoga et kundalini yoga) captent et canalisent se nomme la kundalini. Elle est à la fois organique et psychique. Organique, car elle se tient, à la manière d’un serpent enroulé, au bas de la colonne vertébrale, et psychique, car elle peut, grâce aux techniques appropriées, s’élever jusqu’au siège de la pensée, jusqu’au sommet de la tête. Là elle s’unira à l’esprit

Cette fusion, qui se passe au-dedans du pratiquant et non au-dehors, est figurée le plus souvent comme l’union des sexes dans l’image tantrique. C’est cette représentation qui a donné lieu en occident à toutes sortes de légendes et de malentendus.

Tantrisme et sexualité

Certes, il existe bien une forme d’union sexuelle dans le tantrisme, mais d’une part, elle n’est accessible qu’à des individus qui, à la suite d’une longue ascèse, se sont dépouillés de tout désir et ont renoncé à leur moi personnel et, d’autre part cette « érotique mystique » n’intervient qu’au sein de tout un contexte sacré et n’est pratiquée, le plus souvent que dans une forme très dégénérée du tantrisme.

 Les représentants pseudo-érotiques sont donc généralement la figuration extériorisée de ce qui se passe à l’intérieur, c’est à dire de la réalisation qui suit la montée de la kundalini.

La kundalini

Cette énergie indifférenciée est à la fois organique et sexuelle, psychique et spirituelle, comme on l’aura sans doute remarqué, elle n’est pas sans rappeler la libido freudienne, avec toutefois cette différence essentielle que, chez Freud, la libido est seulement organique, instinctuelle et qu’elle se transforme en énergie spirituelle ou créative que par une sorte de distorsion, la sublimation.

Au contraire, la kundalini est tout à la fois. Elle irrigue le corps, mais aussi le psychisme, l’union finale n’est pas celle du psychisme et du corps, mais bien celle de l’ensemble corps et psychisme, c’est à dire de tout l’être humain, avec l’Esprit, lequel n’est pas le Moi universel.

En résumé, le tantrisme n’utilise la physiologie que pour spiritualiser, pour la transformer en une physiologie mystique.

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Méditation spirituelle indienne et les yogas

Le yoga pour indiens n’est qu’une discipline qui a pour objectif la délivrance de la condition humaine qui est estimé  comme non satisfaisante. Notre misère fondamentale et l’angoisse qui en résulte proviennent de ce que nous sommes aveuglés par la convoitise. De ce fait, nous tenons pour véritable ce qui n’est qu’illusion (mâya), et nous ne pouvons commencer à réagir qu’après nous être rendus compte de notre erreur. Le désir de libération naît de la désaffection progressive que l’on éprouve à l’égard des biens de ce monde.

la délivrance de la condition humaine

Quand on considère les fatigues qu’il faut endurer pour les acquérir, l’inquiétude pour les conserver, la souffrance de les perdre, les dangers qu’ils recèlent en eux-mêmes, le fait qu’en les possédant on en prive autrui, ou mieux encore, la résolution de se délivrer procède d’un détachement soudain et global, né du sentiment de l’impermanence de toutes choses et d’une soif ardente pour un état autre qui apparait alors comme la seule réalité désirable.

Car, pour la philosophie indienne, non seulement nous sommes les victimes de la mâya, par notre propre faute, mais nous sommes soumis à un cycle interminable de naissances et de morts, du fait de la persistance de ce désir perpétuellement insatisfait, par-delà la vie, du fait aussi qu’il s’accompagne du Karma, c’est à dire des conséquences de nos actes, car nous récoltons toujours tout ce que nous avons semé, que ce soit dans la vie présente ou dans une autre.

Notons bien qu’ici n’intervient nullement une puissance extérieure qui juge, condamne ou récompense, comme dans le christianisme : c’est nous-même, et nous seuls, qui nous punissons, qui nous emprisonnons.

Pour l’hindouisme, comme d’ailleurs le bouddhiste, ce n’est donc pas la continuation de la vie, la survie, la renaissance qui sont désirables, mais, bien au contraire, sa cessation. Contrairement aux interprétations qui furent longtemps admises en occident, le nirvâna est seulement l’extinction de ce désir fou qui pousse l’homme à transmigrer indéfiniment d’existence douloureuse en existence douloureuse, c’est la fin de la grande illusion, le déchirement du voile de la mâya, tendu entre l’homme et la réalité. Par delà  ne règne pas la nuit obscure du tombeau, mais bien la pleine clarté, la lumière absolue dont, en ce monde, nous ne pouvons percevoir que de vagues reflets, déformés et affaiblis. De telle sorte que le nirvâna n’est autre que le retour au bercail de l’enfant prodigue, et se rapproche singulièrement de la fusion de l’ âme de Dieu, le point le plus élevé atteint par les mystiques occidentales.

Cette délivrance suprême ne peut s’acquérir que si l’on redresse et rectifie ce qui a été déformé au cours de l’interminable périple des existences successives. Les hautes envolées mystiques ne suffisent pas, car elles retombent d’elles-mêmes, et c’est plus prosaïquement sur le complexe organisme-psychisme qu’il faut agir. Le corps est par lui même calme et silence. Ce qui l’agite, c’est le mental sans cesse en mouvement.

Avant toute autre chose, il est nécessaire d’interrompre son futile et obsédant bavardage. Il faut l’arrêter, l’immobiliser, ce qui signifie qu’il faut rendre la priorité au corps, à son sage fonctionnement. Tel est le propos des disciplines physiques du yoga. Elles sont donc adaptables aux besoins des occidentaux et, en fait, c’est sous cette forme que le yoga a pénétré chez nous.

Toutefois, isolée, cette partie principale physiologique du yoga perd beaucoup de son sens. Dans son pays d’origine, le yoga est une discipline complète à laquelle on se consacre entièrement et qui accompagne toute une vie. De plus le yoga, tel qu’il est connu en Europe, s’inspire du seul hatha-yoga, qui est seulement l’une des branches de tout un système. Tout en se limitant aux principales, il faut ici mentionner :

Les différents formes de yogas

Le yoga de l’action (karma yoga), illustré en particulier par le célèbre  » chant du bienheureux » (Bhagavad-Gîtâ). Grâce à ce yoga, on parvient à l’action juste et désintéressée qui, parfaitement pure, n’engendre plus les séquelles formant le karma dans les autres cas.

Le yoga de la connaissance (jnâna-yoga) fait parvenir celui qui médite et réfléchit avec assiduité à la révélation de sa véritable identité, car, cessant désormais de se confondre avec son moi transitoire, il se reconnaît comme lui-même le brahman, c’est à dire l’éternel principe suprême dont son actuelle personnalité n’est qu’une manifestation provisoire.

Le bhakti-yoga est le yoga de l’amour divin, auquel le dévot s’abandonne en un acte d’adoration et d’union. Il est donc assez proche de la mystique chrétienne, mais sous la réserve importante qu’ici le fidèle choisit la divinité à laquelle il se vouera, parmi celles, nombreuses, du panthéon hindou.

Si ces formes de yogas sont mal connues en Occident, où elles sont peu praticables, il importe de savoir qu’elles existent, car ces différents « membres » se complétant les uns les autres, si on les ignore, on ne peut avoir qu’une vue tronquée et inexacte du yoga lui-même.

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